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D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais été passionnée. Enfant, je n'ai jamais rêvé d'être infirmière, vétérinaire, princesse ou maîtresse d'école. Ou alors pas assez fort pour que je m'en souvienne...trente et quelques années plus tard. J'aimais lire, jouer avec mes soeurs et frère, les dimanches avec les grands-parents et les sorties surprise. Moyenne en classe, je n'ai pas non plus fait d'étincelles dans les quelques activités auxquelles je me suis essayé (le poney en forêt de Fausses-Reposes, le tennis au Tennis Club du Grand Versailles à Porchefontaine). Il n'y a guère que le scoutisme qui m'ait retenue pendant quelques années, à l'instigation d'une cousine à la mode de Bretagne qui était la cheftaine des guides. Une chance, j'y reviendrai.

Bref, enfant timide, ayant une sainte horreur du conflit, je cherchais souvent à être rassurée pour qu'aucune surprise ne vienne troubler cette vie calme et malgré tout joyeuse qui était la mienne. Je crois que j'étais heureuse, et c'était bien suffisant.

Au collège, j'ai eu une marotte : le Canada, Jacques Cartier, Vancouver et l'Alaska tout proche. Pourquoi, comment ? Aucune idée. Avec du recul, je suis persuadée que j'avais besoin de cela à ce moment là et qu'après tout, cela aurait pu être autre chose de plus néfaste.

Le passage de justesse en classe de seconde, une bonne première parce qu'atypique (nous étions moitié série B et moitié série S... une année extra !), une terminale qui tourne en eau de boudin et le bac qui me file sous le nez pour 12 malheureux points. La faute à ce mois et demi d'absence pour cause de mononucléose. Sans revenir en détails, je crois que l'année qui a suivi a été la plus difficile.

Et puis, les années sont passées, j'ai appris à me connaître et à accepter mes forces et mes faiblesses. Tout n'a pas été toujours facile, il a fallu combattre et se battre pour beaucoup de choses, mais j'ai vécu de beaux et forts moments et ai toujours gardé un optimisme (ou bien est-ce l'espérance ?) chevillé au corps. Grâce aussi à la prière, à l'amour de ma famille, tout en retenue, et à la correspondance dès l'âge de 13 ans avec ma chère grand-mère paternelle. L'écriture déjà.

Très longue introduction, pour dire qu'en ce moment où ma vie professionnelle est en suspend, ma vie m'apparaît comme une grande maison en travaux. Une maison... je vous l'avais bien dit, l'optimisme :-) dans laquelle rien n'est fini. Où le choix d'un parquet sur lequel poser mes pas m'engage pour un bon moment. Un chantier interdit au public où seuls sont autorisés à rentrer le Chef de chantier, et tous les artisans de mon bonheur, ces proches qui me soutiennent et m'encouragent, en tout premier lieu maritomio et les picci qui me disent des "tu es belle maman" ou "je suis fière de toi", me conseillent et me consolent, parfois.
Comment trouver de la place pour tout (la bibliothèque, la machine à coudre, le bureau et la salle de jeux), organiser l'espace et faire entrer la lumière ? Doit-on être raisonnable et tout peindre en blanc ou gris ou bien mettre de la couleur, de la passion ? 

J'aimerai que cette maison soit accueillante, chic, cosy, pleine de fantaisie et de passion, un endroit sûr aussi où me réfugier dans les périodes plus sombres. 

Je crois finalement que ma maison va encore rester quelques temps en travaux. Après tout, c'est une maison dans laquelle il y a du passage, des choix à faire, des décisions à prendre, des joies en découvrant un élément abouti et beaucoup d'enthousiame pour chaque nouveau projet. J'ai déjà de la chance d'avoir une maison à moi !