Image un peu radicale... il faut la prendre au 2d degré !

J'ai été amenée à me poser la question tout récemment et je n'ai pas encore pris ma décision. Mais pour répondre brièvement à la question, je dirai que... cela dépend de beaucoup de choses. Du temps que vous avez pour lire, de l'objectif, si c'est un livre attendu, offert, dédicacé...

Mais aussi de la raison pour laquelle vous ne souhaitez pas poursuivre la lecture. 

Vous n'accrochez pas avec l'histoire, n'arrivez pas à rentrer dans l'intrigue... j'aurais envie de dire poursuivez, soyez patient. Peut-être qu'à la page 100 tout s'illuminera et la lecture des pages suivantes vous transcendera. Au pire, réessayez plus tard. Parfois le déclic se fait, parfois pas. Alors que j'ai une passion sans borne pour Les Cavaliers de Joseph Kessel, je n'ai jamais pu apprécier Le Lion, du même auteur (j'ai été obligé de le lire en classe de 5e et j'ai du réessayer deux fois beaucoup plus tard). Il faut alors avoir la sagesse de renoncer pour se donner le temps de découvrir autre chose.

Vous trouvez cela mal écrit, vous n'aimez pas le style...alors là, pas d'état d'âme. Le lecture doit être une histoire d'amour entre le lecteur et l'histoire. Chaque mot, chaque phrase doit vous emmener quelque part, vous faire réagir. Si le style vous déplaît vous n'arriverez jamais à dépasser cela. Pas la peine de perdre son temps, et passez à autre chose. Même si c'est un livre culte, même si c'est un classique.

La traduction est mauvaise. Cela arrive hélas, et je suis certaine qu'on s'en rend compte très vite. Pareil, on abandonne, avec deux solutions cependant pour donner une seconde chance au livre :
1/ vous êtes capable de le lire en VO. Tant mieux, c'est souvent bien meilleur en langue originale. Cela prendra juste un peu de temps pour trouver le livre puis le lire.
2/ vous pouvez espérer qu'il existe une autre traduction. J'ai essayé Les Confessions de St Augustin dans une vieille traduction pas terrible, confirmé par plusieurs sources. J'ai l'impression qu'une nouvelle traduction est disponible, cela vaudrait le coup d'essayer à nouveau. Idem pour Le Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien, abandonné sur une terrasse de Sorrente en Italie en 2003 -le livre, pas Tolkien :-) ! Je vais me laisser tenter par la nouvelle traduction... quand j'aurais le temps.

Les critiques sont mauvaises ou font état d'erreurs... et c'est là que nous entrons dans le vif du sujet. J'avais commencé, avant les attentats du 13 novembre, la lecture de Palmyre de Paul Veyne. Historien et formidable conteur, il pousse dans ce livre un cri d'amour pour Palmyre, cette cité antique du désert syrien en grande partie détruite par l'EI à la fin de l'été. Le livre est d'ailleurs dédié à Khaled al-Asaad, ancien directeur des antiquités et musées de Palmyre, assassiné en août dernier.
Paul Veyne est meilleur conteur qu'écrivain, indubitablement. Ce livre me semble un peu brouillon, je ne dirai pas bâclé, mais on sent malgré tout une certaine hâte dans l'écriture, l'organisation des idées. C'est en même temps touchant, cette spontanéité, ce cri presqu'impromptu. Et puis à la fin de la semaine dernière, je suis tombée sur une critique faisant état d'erreurs historiques importantes. Mon coeur d'historienne n'a fait qu'un bond. Ce n'est pas possible. Lui, l'historien, aurait laissé passer des erreurs ?! Est-ce que je dois vérifier ce qui est vérifiable ? Et après ? Si les erreurs sont avérées, dois-je pour autant arrêter ma lecture sous prétexte qu'il ne contient pas la vérité ? 
Et c'est là qu'intervient la raison qui m'a fait lire ce livre. J'avais aimé écouter Paul Veyne, j'aime l'histoire antique, l'histoire en cours et ses conséquences, mon envie de me remettre à lire sur l'histoire par les histoires. C'est tout cela que je suis venue chercher dans ce livre. Peu importe qu'il contienne des erreurs, qu'il ne soit pas aussi bien écrit que je l'aurais espéré. J'y ai trouvé ce dont j'avais besoin pour l'instant, je vais donc le terminer. 

Et vous, que feriez-vous ? Allez-vous toujours au bout de vos lectures ?