Comme vous le savez probablement, j'ai repris aujourd'hui le chemin du travail. Après 15 mois de reconstruction professionnelle (je n'arrive pas à dire "inactivité professionnelle" car j'en ai fait des choses... bien le contraire d'inactivité), j'ai enfin trouvé un fauteuil pour ne plus avoir le séant entre deux chaises. C'est bien ce qui a été le plus difficile à gérer : cette espèce d'entre deux, ni mère au foyer (bien qu'on te fasse comprendre que tu as du temps et que cela ne devrait pas te poser de problème de garder ton fils quand les animateurs font grève/accompagner la classe en sortie à la piscine/au cirque/à la bibliothèque et que la maison devrait être nickel, rangée du sol au plafond !) ni femme active au sens économique du terme. Toute cette motivation qu'il faut trouver au fond de soi jour après jour pour continuer à chercher, garder confiance en soi et en ses compétences, ne pas culpabiliser quand oui, parfois, on sort se promener lorsqu'il fait beau...et voilà bien ce qui va me manquer. Cette liberté de temps pour faire les choses quand elle s'imposent et se proposent. 

Librairie Lamartine

1/ Pouvoir aller fouiner en librairie à un horaire décent et au calme et aider deux libraires bien en peine. Une vieille dame accompagnée de sa petite fille demande le livre d'une journaliste passée chez Nolleau et qui raconte la vie de sa grand-mère arrivée d'Arménie. Impossible de se souvenir du nom ou du titre. Par dessus le présentoir j'ose lancer "Vous parlez du livre de Sophie Fontanel, La Vocation ?". Grand sourire de la vieille dame : "Oui, oui c'est bien cela." Et le regard bienveillant et plein de gratitude de deux libraires qui viennent de sauver une vente et surtout contenter ce qui semble être une cliente habituelle.

Tour Eiffel depuis le Trocadéro

2/ Pouvoir prendre le bus, n'importe quand.

Se donner le temps de parcourir Paris à quelques centimètres du sol et voir la ville qui nous échappe vivre et palpiter. Pouvoir entendre certaines conversations, souvent bien plus intéressantes que dans le métro. En fait il n'y a quasiment jamais de conversations dans le métro. Au contraire, dans le bus, les gens se livrent plus facilement.
Le voyage en bus permet aussi ce genre de photos, totalement hallucinantes, sans trucage ni effet. Juste un soleil en pleine face, les vitres teintées du bus 22 et un ralentissement bienvenu sur la place du Trocadéro.

3/ Pouvoir accompagner Grand Picci au foot le mercredi après-midi.

Foot à Suchet

Bon, je ne vais pas regretter les après-midi pluvieuses où tu te bagarres avec ton parapluie, congelée sur le bord du terrain, avant de céder et d'aller te réfugier sur un coin de banc du vestiaire mal aéré. Mais voir Grand Picci, courir après le ballon, faire des passes, rire et se dissiper aussi avec les copains cela n'a pas de prix. Quand il fait beau, rien n'est plus agréable que de lire assise sur une chaise ou au bord du bac à sable.

Place Vendôme

4/Se promener tout simplement. Garder les yeux ouverts, en l'air (et à terre aussi... Dieu que les trottoirs sont sales en ce moment !). Au hasard des pas, des courses à faire, du temps disponible, des envies... aller au Palais Royal, Place des Vosges, Place Vendôme ou bien à St Sulpice. Et se laisser porter par une porte, une couleur, une odeur, la forme d'un nuage. Dans nos mondes agités et hyperactifs, il n'y a plus de place pour la contemplation. Celle qui vient du coeur, n'a parfois aucun sens pour le voisin, mais qui vous met tout au fond de vous un sentiment de joie, d'espérance et l'envie de créer. Ce blog ne serait pas ce qu'il est sans ces moments de contemplation. J'espère juste que j'arriverai à m'en garder quelques uns pour continuer à le faire vivre.

5/ Les expositions que j'ai ou vais probablement manquer parce qu'elles se terminent ces prochains jours. Comme celle de Jacques Doucet -Yves St Laurent Vivre pour l'art manqué à peu de choses près. Les circonstances font que parfois il faut savoir renoncer pour ne pas regretter. 

Et maintenant... que la nouvelle aventure commence !