Livre_Corps_ameIl y avait bien longtemps que je n'avais pas eu une telle émotion à la lecture d'un roman. Encore une fois suggérée par l'un des auteurs invités à la Grande librairie il y a quelques mois. Oui, parce que je note le nom des livres que j'ai envie de lire, ceux que je vois en librairie, dont j'ai entendu parler ou mentionnés dans un livre. Au hasard aussi d'un coup d'oeil dans le métro ou d'une conversation dans un bus. Jamais dépourvue quand il s'agit de choisir ma prochaine lecture. Bon, je digresse.

Corps et âme où l'histoire de Claude, un jeune new-yorkais vivant dans un entresol avec sa mère chauffeur de taxi et un peu loufoque. Pas de père, peu d'argent et pas beaucoup d'avenir. Seulement un petit piano au fond de la chambre, la sensation tout à coup d'avoir de l'or au bout des doigts et une vie qui s'ouvre, qui se déploie comme une symphonie, ponctuée de rencontres, d'émotions et bonheurs.

Quelques extraits, comme autant de notes de musique de ce roman passionnant (qui aurait probablement mérité une lecture en VO) :

"Un piano est une bonne chose à avoir dans sa chambre." (page 28)

"Entreprendre une leçon était parfois comme entrer dans un ouragan." (page 113)

"Puis le silence. Claude souffrit devant tant une telle beauté. Il eût voulu quitter son corps, suivre la musique là où elle s'en était allée, dans l'hyperespace, quel qu'il fut, qui l'avait avalée. "(page 119)

"La musique était là, depuis toujours, elle serait toujours là ! Elle était tellement plus vaste que la vie, tellement plus forte, tellement irresistible, elle révélait si puissamment l'existence d'une sorte de paradis sur terre, qu'elle balaya tout, devant elle." (page 432)

"La passion était une force qu'il fallait nourrir ardamment avec gratitude, nourrir comme un ange affamé qui serait avec eux dans la pièce et aurait le pouvoir de les soulever hors d'eux-même." (page 468)

Corps et âme, Frank Conroy
Titre original : Body and soul
Traduction de Nadia Akrouf, Gallimard, 1996