Quand Fabrice Luchini rencontre Michel Onfray (La Grande librairie, France 5, émission du 17 mars 2016).

Ou le taiseux et le bavard. De ces bavardages qui témoignent en fait d'une grande pudeur. Et malgré tout ce que j'ai pu voir avant de lire le livre, de ces extraits lus, entendus et revus, de ces anecdotes qui n'en sont plus, le teaser ayant été un peu trop bavard aussi... ce livre est intéressant.

Pas forcément pour ce que Luchini dit, c'est malheureux, mais pour toute la littérature qu'il cite. Ses passions pour des auteurs comme Molière, La Fontaine ou Barthe. Nietzsche, Philippe Muray ou Rimbaud. Pour son obsession des mots, de leur musique. Pour ses rencontres et le destin qui se joue parfois à trois fois rien.

Comme dans le livre de Depardieu, on reconnaît parfaitement son phrasé, sa façon de s'exprimer, de théatraliser ses interventions. 

"Le génie de La Fontaine c'est d'avoir créé, plutôt retrouvé le mouvement. [...] Un adapteur. Partant du marbre figé, il réalise un miracle et ce miracle c'est la langue !" (page 17)

"La bourgeoisie a l'immense arrogance d'être dans les lieux où tout est aéré. Il y a de l'arbre dans la bourgeoisie. Des feuilles et des branches." (page 40)

"Il applique à la lettre la consigne de Flaubert : ne pas s'écrire." (page 55)

"Imaginons Alceste devant le portable. Qui dira, enfin, la barbarie du portable ?
Il suffit d'entrer dans un TGV pour mesurer ce que dit mon ami Claude Arnaud : l'obsession de la communication incessante, générale, mondialisée, se résume avec le monde entier mais surtout pas avec son voisin. Surtout aucun contact avec l'autre, surtout pas." (page 77)

"Bien souvent c'est par le langage que l'autre s'altère." (page 123)

"La poésie est un chant mais le compositeur n'a laissé ni partition, ni indication." (page 147)

"Cette substance sonore qui est l'âme est le matériau musical de la poésie." (page 195)

"A la lueur de Flaubert, à mon petit niveau, j'ai compris assez rapidement ce cirque immense qu'étaient les médias. Je ne vais pas être plus malin que les autres, mais je ne vais pas les servir." (page 225)

Comédie Française Ça a débuté comme ça 
Fabrice Luchini
Flammarion, 245 pages