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A court de livres encore une fois, j'ai du piocher dans ma bibliothèque. J'avais envie de soleil, de Provence et... de vraie littérature après quelques lectures plutôt moyennes ces derniers temps ; mon oeil s'est porté sur Le chant du monde de Jean Giono. Aucun souvenir... et pour cause, tout m'indiquait que je ne l'avais jamais lu : la tranche encore toute raide, la couverture lisse et les pages comme neuves. Une rencontre qui ne s'était pas faite à l'époque où je l'avais acheté. Et qui cette fois m'a fait les honneurs d'une langue, d'une poésie, d'un terroir et de caractères aussi profonds et rugueux que la langue. 

Dans un texte du 17 juin 1932 et repris à la fin de Solitude de la pitié sous le titre Le chant du monde, Giono avait indiqué : «Il y a bien longtemps que je désire écrire un roman dans lequel on entendrait chanter le monde (et ferait) percevoir le halètement des beaux habitants de l’univers. ».[Wikipédia]. Roman tout à la fois épopée, d'aventure et lyrique, l'histoire est rythmée par la nature et ses caprices, les saisons et tout ce que cela implique. 

Matelot, ancien marin et bûcheron, part à la recherche de son fils le Besson disparu alors qu'il était parti couper du bois dans les collines. Il est accompagné d'Antonio, le gars du fleuve, appelé aussi "Bouche d'or". Lorsqu'Antonio et Matelot découvrent que le Besson a enlevé Gina, la fille de Maudru, bouvier respecté et dominant de la région, c'est l'affrontement. Jusqu'à la mort de Matelot et la vengeance inéluctable. 

Je voudrais pouvoir vous donner tous les extraits relevés, mais de peur que la rencontre ne se fasse pas pour vous, voilà seulement 5 passages triés avec le coeur : 

"La caresse, la science et la colère de l'eau étaient dans cette carrure d'homme." (page 21)

"La nuit était beaucoup plus vaste que le jour." (page 77)

"Une petite eau de lune coulait dans les frisures de son toît." (page 81)

"L'amour c'est toujours emporter quelqu'un sur un cheval." (page 173)

"On ment à tout dans la vie. Il n'y a qu'à la souffrance qu'on ne ment pas et tu ne sauras jamais souffrir, toi." (page 176)

Allez, une de plus pour la route : D'un côté l'eau profonde, souple comme du poil de chat ; de l'autre côté les hennissements du gué." (page 7)

 

Le chant du monde
Jean Giono
Folio [Gallimard, 1934] ; 282 pages

Le chant du monde, film franco-italien réalisé par Marcel Camus, sorti en 1965 (Catherine Deneuve, Charles Vanel, Hardy Krüger...)