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Je m'étais promis que mon prochain billet serait sur la nécessité ou pas d'écrire. Faut-il publier à tout prix ou bien attendre que le texte vienne à vous, que l'envie, je dirais même la disponibilité soient là ? Et puis, le temps me manque pour écrire le billet que je voudrais. Alors voilà, je partage une de mes dernières lectures, la dernière de mars. Parce que malgré tout, j'ai besoin de pointer ma plume de temps en temps ici.

Ce n'est ni un roman, ni un essai, mais un récit, une série d'entretiens avec Catherine Lalanne, rédactrice en chef chez Pélerin Magazine. Comme le présente le site La Procure, "..., Eric-Emmanuel Schmitt retourne au jardin de l'enfance et aux sources de sa vocation d'écrivain, de musicien, d'homme de théâtre... L'artiste, aujourd'hui mondialement reconnu, puise dans la sève de ses premières années l'audace d'accomplir ses rêves d'enfant."

D'aucuns pourraient penser qu'il s'écoute parler, que l'humilité ne fait pas partie de son vocabulaire, mais je crois justement que c'est ce qui en fait un livre exceptionnel. Pour une fois, en France, quelqu'un est fier de son parcours et cherche à partager ce qui a fait de lui l'homme qu'il est aujourd'hui, avec ses réussites, ses doutes et ses craintes. 

Dans la préface, il présente ce livre, "son enfance à cinquante ans...".  Pour lui, "la fenêtre qu'on ouvre sur le passé se découpe toujours dans le mur du présent" et "s'il réussit sa vie, l'adulte devient le fils de l'enfant qu'il fut". 

Il revient ensuite sur son enfance lyonnaise, sur son lien très fort avec son grand-père sertisseur. Qui lui fait comprendre que "l'écriture comprend deux moments : le moment de l'artiste, le moment de l'artisan". Et fou d'amour et de fierté pour ce grand-père, il ne peut que constater que "vieillir, ce n'est pas se racornir, c'est grandir."

Grand lecteur, comme le sont forcément les écrivains, l'on découvre également cette passion pour la musique dont il aurait d'ailleurs bien fait sa vocation première. S'il n'y avait pas eu le théâtre "Autant qu'un jeu, c'est une morale le théâtre : on vénère le moment, on s'agenouille devant l'instant, on est entièrement présent au présent. Comme les enfants...".

Mais ce que j'aime aussi profondément chez Eric-Emmanuel Schmitt, c'est la joie, l'optimisme, qu'il porte sur son visage fait pour cela. "De naturelle, ma joie est devenue volontaire : je la soigne, je la nourris, je la cultive." Même s'il reconnaît qu'"On ne peut pas être heureux sans y travailler durement."

Voilà son Credo de la confiance : 

"Je suis optimiste parce que je trouve le monde cruel, injuste, indifférent.
Je suis optimiste parce que j’estime que la vie est trop courte, limitée, douloureuse.
Je suis optimiste parce que j’ai fait le deuil de la connaissance, que je sais désormais que je ne saurai jamais.
Je suis optimiste parce que je pense que tout équilibre est fragile et provisoire.
Je suis optimiste parce que je ne crois pas qu’il y ait des progrès automatiques, nécessaires, inéluctables,
je ne crois pas quil y ait de progrès sans moi, sans nous, sans notre volonté et notre sueur.
Je suis optimiste parce que je crains que le pire n’arrive et que je ferai tout pour l’éviter.
je suis optimiste parce que c’est la seule proposition intelligente que le tragique m’inspire
je suis optimiste parce que c’est la seule action cohérente que le désespoir me souffle.
Je suis optimiste parce que c’est le seul pari logique que mon esprit peut faire.

Si le destin me prouve que j’ai eu raison d’avoir confiance, j’aurais gagné, et si le destin me prouve que j’ai eu tord, je n’aurais rien perdu, mais j’aurais eu une meilleure vie, plus utile, plus généreuse. "

Enfin, je ne peux que terminer par son rapport à Dieu, cette amitié, si bien résumé dans cette citation : "Croire signifie adhérer à une proposition, non posséder la vérité."

Très belle lecture qui, en ces temps troublés, fait un bien fou !

Plus tard, je serai un enfant
Eric-Emmanuel Schmitt
Bayard L'atelier de l'enfance, 170 pages