Je ne fais pas ma fière. Je vous avais annoncé à grands coups de plume que ma nouvelle disponibilité me rendrait beaucoup plus assidue sur ce blog... et je n'ai jamais aussi peu produit depuis sa création. Ce ne sont pas les idées qui manquent, mon carnet est rempli de titres, d'idées, d'ébauches d'article, j'avais même tenté de créer un planning éditorial. Que je me suis empressée d'oublier. 

Du coup, j'ai réfléchi sur le sujet. Qu'est-ce que l'écriture représente pour moi ? Est-ce vital ou simplement un passe-temps ? Quelles sont les conditions pour que j'écrive ? Est-ce que parce que je ne publie pas je n'écris pas ?

Lecture et écriture sont intimement liées

C'est indubitable et je le constate chaque jour. Lorsque j'ai changé (provisoirement) de rythme de vie, j'ai considérablement réduit mes lectures. D'abord, parce que de manière tout à fait concrète, je n'ai plus pris les transports régulièrement et n'ai donc plus eu ce temps défini de lecture (30 minutes = 30 pages, un peu moins quand je lis en italien ou en anglais), indispensable pour démarrer ma journée. Mais pas seulement. Je crois que ces lectures, avalées parfois un peu vite, avec gourmandise, étaient un moyen de m'échapper du quotidien devenu compliqué. Une façon de me concentrer sur une autre histoire que la mienne. Et puis quand est venu le temps de se poser, de réfléchir sur son parcours, ses réalisations, ses réussites, ses atouts... et ses axes d'amélioration, je n'ai plus eu l'envie de lire. Car il s'agit d'envie. Je devais d'abord lire en moi avant de pouvoir reprendre la lecture. Un certain nombre d'ateliers (toujours en cours d'ailleurs), de rencontres m'ont aidé à avancer sur le sujet. Et l'envie revient à bon train, je suis en train de terminer mon 6è livre pour le mois de juin (j'y reviendrai) et avec elle le besoin de reprendre la plume. 

L'écriture est partage

Et pour moi c'est une découverte, une énorme surprise. Je pensais être capable d'écrire malgré tout, de remplir des cahiers d'idées, d'histoires, d'anecdotes et force est de constater que si je ne publie pas, je n'arrive pas à écrire. Depuis que j'écris sur ce blog, je n'écris plus de la même façon. J'ai toujours mes carnets, mais ils me servent surtout à prendre des notes, comme aide-mémoire d'un événement, d'une conversation entendue ou d'une idée passée fugacement. Je peux aussi y démarrer un billet, mais jamais je ne l'écris en entier, il reste sous forme d'ébauche, de phrase d'accroche ou de plan. Et donc tant que je ne suis pas disponible, je n'arrive pas à écrire. Il me faut en effet le temps, à la fois physique et psychologique, pour écrire mon billet d'une traite (bien que ce billet-là soit en brouillon depuis 3 jours... mais c'est bien connu, les principes sont faits pour être transgressés !) et donner à lire quelque chose d'abouti. Je préfère donc laisser passer une semaine voire plus pour publier un billet qui me convienne plutôt que publier tous les deux jours, par obligation. C'est un choix éditorial, en tout cas personnel. Comme dit Eric-Emmanuel Schmitt dans Plus tard, je serai un enfant "Sois on se dit, soit on écrit." Je suis de ceux qui écrivent. Il suffirait que je me dégage du temps pour publier plus souvent. 

L'écriture est habitude

Il y a quelques années, j'avais pour habitude d'écrire dans le RER C lorsque je me rendais à mon précédent travail. Je pouvais alors partir très loin, rattrapée par le terminus qui était ma destination. Je ne sais pas pourquoi mais le bruit du train, le mouvement, les conversations chuchotées ou braillées étaient pour moi autant de mises en condition pour une écriture aisée et fluide. J'ai ainsi fait tous mes comptes rendus de voyage, des gratte-ciel de New York aux rives du Bosphore, des levadas de Madère au désert mauritanien. Je ne prends plus le RER C (j'en arriverai presque à le regretter !) et c'est dans ma cuisine, au petit matin, quand la maison dort encore, que je peux écrire le plus facilement. Et pourtant, je sens bien que parfois, pas toujours mais souvent, l'envie d'écrire monte subitement. Quel que soit le lieu, quel que soit le moment et c'est alors frustrant quand on ne peut pas répondre à cet appel soudain. Parfois aussi, c'est magique. C'est ce qui s'est passé lorsque j'ai écrit ma lettre de candidature pour être jurée aux prix France Télévisions. J'étais justement devant la télévision, devant une émission littéraire. Cela m'a pris comme cela, comme saisie par l'urgence de la chose... et le résultat fut plus que satisfaisant !

Je laisse la parole à Haruki Murakami "Je suis quelqu'un de lent et méticuleux, sans doute, et comme je me montre incapable de réfléchir vraiment sans écrire, si je veux appréhender la signification qu'a pour moi le fait de courir, je dois laisser mes mains s'activer sur le papier." Autoportrait de l'auteur en coureur de fond 

Et vous, pour ceux qui écrivent, quelles sont vos habitudes ? Votre rapport à l'écriture ?