Librairie_des_signes

Fin octobre, alors que nous étions en train de regagner la gare après un week-end extra à Compiègne, nous nous sommes demandés avec Maritomio où pouvaient bien se trouver les librairies et même s'il y en avait une. A peine 15 mètres plus tard, au détour d'une rue, nous sommes tombés sur La librairie des Signes. Un signe.
Nous n'avons pas eu d'autres choix que d'y rentrer. Accueil chaleureux, studieux (cela range un peu partout dans les rayons). Maritomio me montre du doigt un livre en me demandant si je l'ai lu. Un cri du coeur m'échappe : "Oui, et j'ai détesté." Je vois alors la libraire (je viens de découvrir qu'elle s'appelle Camille Defourny, cliquer ici pour découvrir son parcours étonnant et courageux) lever le nez et me dire "Oui, moi aussi". Encouragée, je lui demande alors si elle peut me conseiller une lecture. C'est quelque chose que je ne fais quasiment jamais. D'abord parce que la plupart des livres, je les achète à la FNAC ou sur Internet en ayant une idée derrière la tête, ensuite parce que rares sont les librairies où je me suis sentie écoutée. Fine, elle me teste et me propose Le liseur de 6h27 mais je lui dis, d'un air désolée, "Je n'ai pas du tout aimé". Son visage s'illumine, elle me confirme qu'elle non plus n'a pas aimé et que décidément, nous devons avoir les mêmes goûts. Je repars avec La mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch... que je n'aurais jamais acheté (je vous en parle plus loin). Et un conseil de lecture, Epépé de Ferenc Karinthy, lorsqu'apprenant qu'elle était hongroise je lui dit que j'avais beaucoup aimé Voyage autour de mon crâne de ce même auteur.

Revenons donc à La mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch. Voilà ce qu'en dit le résumé de l'éditeur "Nageuse depuis toute petite et espoir pour les Jeux olympiques, Lidia cherche à tout prix à échapper à un univers familial malsain et oppressant, entre un père alcoolique et une mère dépressive. Elle accepte une bourse sportive pour entrer dans une université au Texas. Mais, renvoyée de l’université pour avoir consommé des drogues et de l’alcool, Lidia décide de participer au projet d’écriture de Ken Kesey (l’auteur culte de Vol au-dessus d’un nid de coucou) car, elle en est convaincue, l’écriture est sa vocation, plus que ça, son salut… Un roman coup de poing sur la résilience, dans lequel le récit autobiographique est magnifié par une écriture originale et percutante."
Jamais je n'aurais acheté ce livre de moi-même ; et plusieurs fois je me suis demandée si je le terminerais, écoeurée par la crudité ou l'horreur de certains paragraphes. Mais le style est tellement différent de ce que j'ai pu lire jusque là, tellement lié aux événements, qu'on a le sentiment parfois que l'auteur laisse les mots prendre leur chemin. Et cela, c'est assez génial.

Si vous avez envie d'essayer :

"Alors l'amour que j'avais pour cet homme ne fit que grandir, mais il y avait nulle part où le ranger." (page 33)

"... ma mère avait l'intelligence des survivants." (page 79)

"Certains livres vous coupent le souffle. Est-ce que c'est les livres ou les écrivains ? Quand j'ai les livres de Kersey en main, quand je les ouvre, j'entends sa voix. Je le vois, le sens, le touche. Mais c'est les mots qui me coupent le souffle." (page 121)

"Si on me parle d'écriture... écoutez, c'est farouchement intime. L'écriture, c'est mon feu. C'est là que naissent mes histoires, là que la vie et la mort se sont produites en moi. Elle me porte et elle me tuera." (page 199)

"Ecrire pour amener le rêve délicat sur le bout des mots, les embrasser, reposer sa joue dessus, ouvrir la bouche et respirer corps à corps pour réssusciter son être. Inventer des histoires jusqu'à en trouver une avec laquelle vivre."(page 325)

La mécanique des fluides Lidia Yuknavitch
Editions Denoël, collection 10 18, 327 pages